mardi 15 septembre 2015

Bravade

Bravade
par El-Guellil
L'épreuve. Un mot avec de nombreuses variables. Passer une épreuve. Vivre une épreuve. Mettre à l'épreuve. Epreuve d'effort. Et encore beaucoup d'autres expressions reprenant ce mot. Cependant, le sens premier reste, il s'agit d'éprouver quelque chose qui n'est pas naturel à première vue. Prenez un couple dont les dissentiments prennent tellement de place qu'ils peuvent s'activer suite à des discussions sans aucune importance. Souvent, la femme d'un caractère affirmé et dont la franchise prend l'allure de la violence fait face au mari tacite qui donne systématiquement à ses préoccupations les plus légères, une gravité tout aussi forte.

Un paradoxe de comportement qui place les deux parties sous les nerfs. Une vie simple espérée pose maintenant l'adversité comme une nécessité à leur vie commune. Avant, des intérêts communs les animaient en les maintenant ensemble dans le filet de la communauté des biens et des gains. Puis la monotonie s'installe de fait au fur et à mesure que les années passent. L'aigreur largement partagée dans le couple ne laisse entendre aucun échange de bonheur. Ce bonheur tant attendu a quitté le domicile conjugal depuis longtemps. Laissant entre eux un rapport de force basé sur un socle de mépris. Celui qui vous fait penser qu'on a perdu du temps avec sa moitié, qu'on aurait pu finir différemment sa vie.

Cette brûlure vous réveille de temps à autre et met du temps à se calmer. Vous rêvez à ce qu'aurait pu être votre vie. En attendant, la solitude est mère de tristesse et tout vous paraît sombre. Cet être associé à votre vie, votre femme ou votre époux, est de nature même à rendre pénible votre vie. C'est quand on commence à vivre sa deuxième vie qu'on s'aperçoit qu'on en a qu'une. Riez de vous-même avant de rire des autres. 

Dérisoire est le prix du carburant, dit-on !

Dérisoire est le prix du carburant, dit-on !
par Ahmed Farrah
Aux Etats-Unis, dans une logique économique très performante, le puissant lobby du transport et celui des constructeurs de voitures imposent des prix très bas du carburant avec moins de taxes, pour soutenir la production de véhicules, la consommation, la croissance et la création d'emploi. Ici, certains analystes improvisés ne trouvent rien d'autre comme solution aux problèmes liés à la crise financière que traverse le pays, que de proposer une augmentation des prix du carburant, feignant d'oublier qu'eux et leurs rejetons « entrepreneurs » roulent sur un matelas de pétrodollars qu'ils ont amassés en profitant de leur accointance avec l'establishment et de leur position qui les rend très proches du pis de « l'Etat-providence». Non, Messieurs les donneurs de leçons, l'économie est un tout, pas rien que des prix pratiqués, c'est aussi l'effort, le mérite, une stratégie de développement, une éducation et de la cohésion sociale ! Le pays ne serait pas dépendant uniquement de son sous-sol, si on avait fait un minimum d'attention pour lui donner de vrais mécanismes démocratiques qui font participer le citoyen à la prise de décisions, au contrôle de leur application et de sa responsabilité dans tout ce qui engage son devenir et l'avenir des générations futures. Or, on a privilégié l'improvisation, le rafistolage et la distribution de la rente corruptrice, plutôt que l'effort et le compter sur soi libérateurs des initiatives entreprenantes. On a préféré le clientélisme louvoyant, ingrat et lunatique, au mérite laborieux… Décréter la réalité des prix, pas seulement ceux du carburant, suppose d'abord l'instauration de vrais salaires mérités et une vraie monnaie. Aujourd'hui, le dinar algérien est l'une des plus faibles monnaies au monde, contrairement au dirham marocain et au dinar tunisien, qui reflètent leur réalité économique. Pour une efficacité économique et une réelle justice sociale, il est pressant de lever toutes les formes de subventions des produits qui profitent actuellement, surtout à ceux qui ont un fort pouvoir d'achat et qui gaspillent et consomment beaucoup plus que les plus démunis. Il est dans les obligations de tout Etat de veiller à la paix sociale de sa population par la préservation de sa cohésion en créant des instruments justes et équitables pour assurer la dignité des plus nécessiteux (les chômeurs, les bas salaires et les petites pensions) en leur garantissant un revenu minimum d'insertion sociale. L'Etat-providence n'est pas la propriété de ceux qui se sont fait une place au sommet de la pyramide alimentaire, mais c'est aussi celui de tous ceux sur lesquels repose l'édifice en entier, sinon tout s'écroulera et personne ne le souhaite. 

Commerce : Le diktat des importateurs dénoncé

Commerce : Le diktat des importateurs dénoncé
par Yazid Alilat
Bakhti Belaïb, de retour au ministère du Commerce, veut sévir, à défaut moraliser la profession. C'est un peu dans cette perspective de régulation et de moralisation des activités commerciales qu'il a lancé une sévère mise en garde à tous les opérateurs qui ne répercutent pas sur le marché local la baisse des prix sur les marchés internationaux des produits alimentaires et agroalimentaires importés.

Dans une note d'analyse sur les prix de ces produits importés par les opérateurs algériens, il a sévèrement critiqué le comportement de ces opérateurs et commerçants qui ne répercutent pas sur le marché interne et au consommateur la baisse des prix sur les marchés des matières premières des produits. Durant le 1er semestre 2015, presque tous les produits alimentaires et agroalimentaires, ainsi que des produits industriels, ont vu leurs prix baisser sur le marché international. Pour autant, les prix sur le marché national n'ont pas enregistré de répit avec des hausses surréalistes. Ainsi, selon cette note du ministère du Commerce, les prix d'achat des matières premières destinées à l'industrie agroalimentaire, sauf pour le blé dur (+26%) et de quelques huiles alimentaires brutes (entre +16% et 80%), ont reculé. Il s'agit notamment des prix à l'importation pour la poudre de lait (-42%), de 19% pour le maïs, de 15% pour le blé tendre et de 6% pour les sucres roux. Des baisses importantes des prix moyens sur les marchés internationaux ou nationaux ont été également enregistré pour les produits de large consommation, dont le riz (-44%), le lait infantile (-23%), le sucre blanc (-17%), le triple concentré de tomate (-6%) et les pâtes alimentaires et couscous (-2%). Seuls les cafés non torréfiés (+3%), le thé (+8%) et le concentré et double concentré de tomate (9% et 25%) ont vu leurs cours augmenter durant cette période. Par contre, les prix moyens des lentilles ont bondi à 32%, alors que les prix des haricots secs ont chuté de 31%. Les évolutions des prix pour les viandes restent contrastées, avec une baisse de 5% pour les viandes bovines réfrigérées et ceux des poissons congelés (-34%) alors que ceux des viandes bovines congelées et ceux des crustacés congelés ont augmenté respectivement de 12 et 24%. En outre, les prix à l'importation du ciment ont enregistré une baisse allant de 3 à 9%, signale également le ministère du Commerce. Le ministre du Commerce avait sévèrement critiqué le comportent mercantile des importateurs et opérateurs évoluant dans le circuit des produits alimentaires et agroalimentaires. Il leur a pratiquement lancé un avertissement avant sanctions pour qu'ils répercutent sur le marché intérieur la baisse des prix opérée sur les marchés internationaux des matières premières. «Il faut que nous revenions sur une certaine orthodoxie où il y a des règles. Le fait de ne pas répercuter la chute des cours est une infraction», a averti le ministre lors d'une réunion avec les services des douanes, indiquant qu'il avait demandé à ses services de saisir les opérateurs concernés afin de répercuter les baisses sur le marché national. Avant d'affirmer : «Comme ils avaient (les opérateurs) attiré notre attention sur les hausses, aujourd'hui c'est à nous d'attirer leur attention sur les baisses ; ils ne sont pas nombreux, ils sont presque en (situation de) monopole», a-t-il déploré. Quand les prix baissent «nous devons savoir dans quelles proportions cette baisse doit toucher les prix intérieurs. Nous allons travailler là-dessus», a-t-il expliqué. La réaction du ministre du Commerce devant l'anarchie des prix pratiqués par les opérateurs et gros importateurs devrait moraliser ce secteur.

Car jusqu'à présent, il n'y a qu'en Algérie, estiment des économistes, «où la baisse des prix des matières premières ou produits alimentaires (blés, huiles, fruits et produits agricoles) sur les marchés internationaux n'est pas automatiquement répercutée sur les prix de vente sur le marché local». Une situation qui semble «outrer» le ministre du Commerce qui veut rétablir «la vérité des prix» à la hausse et à la baisse par rapport aux marchés internationaux. Le montant global atteint par les importations au cours du 1er semestre 2015 s'est établi à 27 milliards de dollars, en baisse (-10%) de trois md par rapport à la même période en 2014. A eux seuls, les produits alimentaires ont totalisé 5,1 md de dollars, soit 19% du total des importations algériennes au 1er semestre 2015. 

mardi 8 septembre 2015

Dégâts

Dégâts
par El-Guellil
Le business charité connaît un développement sans précédent depuis la vague migratoire venue de Syrie. Les bien-pensants menés par les artistes ou intellectuels sont enfin sortis de leur mutisme et se sont prononcés en faveur de l'aide aux migrants. L'Europe a enfin reconnu qu'un problème grave de flux humain se dessinait à ses portes et qu'elle ne pouvait continuer à faire sa politique de l'autruche. En évacuant ces problèmes vers le pays d'où arrivaient ces réfugiés, ce qui est une hérésie. Ils sont pris en étau entre Daesh et la politique de Assad. Ils ne savent rien des enjeux qui se jouent dans leur pays, mais ils savent que chaque jour et à chaque instant, ils risquent leur vie. D'être abattus purement et simplement chez eux. Ils n'ont le choix que de prendre tous les risques qui jonchent leur parcours pendant leur fuite vers l'Occident. Femmes, enfants et conjoints, tous dans la même galère. Des personnes ont été touchées par des images où l'on voit des gens de toutes sortes marcher pour fuir avec des baluchons sous le bras. Ces images leur rappellent la fuite du nazisme de milliers de familles vers des pays moins contrôlés par les bourreaux de l'époque. Paradoxe dans ce vieux continent européen, c'est l'Allemagne qui ouvre ses portes sans complexe, et ce malgré l'opinion générale qui consiste à dire que l'accueil sera cher à la société allemande et que ces migrants ne sont pas les bienvenus. Mais le back home n'est pas une option pour ces réfugiés. Et leur statut est bien d'être des réfugiés qui demandent l'asile aux pays européens. C'est leur droit de le faire. C'est le devoir de l'Europe de les accueillir; des textes bien explicites sont inclus dans la plupart des constitutions européennes. Bruxelles doit maintenant décrire un plan d'intégration de ces migrants. N'oublions pas que Lampedusa a été envahie par l'arrivée des fugitifs et a demandé le support des pays frontaliers comme la France pour prendre en charge quelques-uns d'entre eux; les frontières franco-italiennes sont soudainement devenues des barrières infranchissables. Quelle solidarité ? Réparez les dégâts ! 

Les moyens existent, les volontés et les compétences manquent

Les moyens existent, les volontés et les compétences manquent
par Ahmed Farrah
Depuis des lustres, les visites ministérielles, à l'intérieur du pays, se succèdent, se ressemblent et manquent d'intérêt pour le citoyen sceptique, qui ne voit que du folklore inutile et des attitudes déplorables. La venue d'un ministre est annoncée à l'avance, on prépare les lieux et on chronomètre le parcours. On cire l'asphalte, on nettoie les écuries, on badigeonne les murs, on peint les bordures des trottoirs, on étend les banderoles et les guirlandes et on dresse le chapiteau. Le jour «j», le comité d'accueil est trié parmi les «notables» (un terme fourre-tout), on étale les tapis, puis vient le cortège de voitures des officiels et de sécurité, les gyrophares tournent et les klaxons stridents, les médias et la presse conviés, on ramène les lanceuses de youyous et la fantasia, les qarqabous, les danseuses du ventre, les mannequins en «chedda tlemcenienne», les filles d'honneur avec le ‘tbaq' de dattes, les souffleurs de cornemuse et de ‘ghaïta', les timbales et les gallals entonnent. On offre le burnous en poil de dromadaire, le hayek tlemcenien de soie et autres présents. On coupe le ruban d'inauguration, on arrose l'hôte de pluie de confettis. Tout cela pour l'impressionner et avoir ces faveurs et sa bénédiction. Les fous aiment amuser les rois et la galerie. Sous la ‘khaïma' l'essentiel se dissout dans l'accessoire, jusqu'à ce qu'il ne reste rien, tout se dilue dans les panses: le méchoui et autres plats et mets, le thé à la menthe et les fruits secs, les gâteaux traditionnels et le ‘sfouf' à la cannelle et au ‘raib',.. Les têtes grisées et ivres de joie, satisfaites des artifices louant la providence, parce que nul parmi elles n'est payeur. L'arroseur comme l'arrosé, sont dans une symbiose curieuse. Comment devient-on arrosé puisque on n'a pas encore séché de la pluie d'hier, c'est l'insatiabilité propre au genre. L'arroseur dans sa logique, sème pour récolter et se faire fructifier. Et l'arrosé, savoure son pouvoir ?! Au fait, quelle a été l'affiche de la comédie ou plutôt la tragédie ?! Personne ne le sait, seuls les dupes pensent le savoir, tout le monde a oublié. Reste quand même, la pièce qui était tellement intéressante qu'elle sera nominée aux Molières, elle aura le prix de la meilleure mise en scène, de la réalisation, des seconds rôles, du meilleur acteur et de la meilleure actrice. Le public a eu pour son fric, et la pièce passera sur les écrans du jour (Ennahar) comme ceux du levant ( Echourouk), l'orpheline (ENTV) n'est plus seule. Ainsi, le monde désargenté aura l'occasion de la voir à ses frais. Quand cessera ce théâtre qui devient, à la longue, lassant et de mauvais goût ? Des ministres «se font mener en bateau» sous l'œil amusé d'une population qui n'est plus naïve et sait que, des projets attendent la semaine des quatre jeudis pour se concrétiser, des budgets jamais totalement consommés, des routes en piteux état, la crise de logement est réelle, des hôpitaux datent d'avant 1962, les classes sont surchargées, le chômage est endémique, les marchés sont sales et non contrôlés, l'Internet est englué dans ses câbles tissés en toile d'araignée, l'anarchie bureaucratique est contraignante, des lieux et des passages publics sont squattés, la mal-vie et le manque de moyens de distraction et villégiature les étouffent, les routes tuent, la circulation est anarchique, etc. Comment des responsables de wilaya, qui ne sont pas en mesure de réaliser 50 % des projets, inscrits dans le programme de l'exercice budgétaire annuel, sont reconduits et confirmés à leurs postes ? Le problème de développement du pays n'est pas dû au manque de moyens qui, au contraire sont considérables, mais à la gestion des deniers publics et leur concrétisation en infrastructures et services qui facilitent la vie quotidienne des citoyens.

Débureaucratisez, débureaucratisez !

Débureaucratisez, débureaucratisez !
par Moncef Wafi
Est-on en passe de gagner la guerre contre cette bureaucratie, véritable cauchemar pour des millions d'Algériens enquête d'un document administratif ? Il se peut que oui si on en croit l'action du gouvernement qui multiplie les initiatives en vue d'alléger les contraintes administratives qui polluaient le quotidien du citoyen. De la suppression de la fiche de police au sortir de l'Algérie à l'élimination de certaines démarches et documents administratifs contraignants et inutiles, ces décisions ne doivent pas cacher la forêt de cette bureaucratisation qui continue toujours à exister malgré les bonnes volontés affichées.

Dernières en date, le déplacement d'équipes mobiles chez les handicapés, personnes âgées et malades pour les formalités d'établissement du passeport biométrique. Idem pour le renouvellement du permis de conduire pour cause d'expiration de sa durée de validité ou de changement de résidence. Dorénavant, les citoyens concernés ne sont plus tenus de présenter le certificat de capacité qui devait, lui, être retiré de la wilaya qui a délivré le permis. Cette exigence obligeait les intéressés à faire parfois des milliers de kilomètres pour aller retirer ce fameux certificat quand ils changeaient de wilaya. Des procédures qui, normalement, devaient être prises en charge par l'administration mais qui laissait le citoyen se charger de son propre job.

Des annonces qui ont dû certainement réjouir plus d'un et mieux vaut tard que jamais pour essayer de soustraire le citoyen à cette jungle de paperasse qui n'en finit plus de prendre en otage les dossiers exigés pour tel projet ou par telle autre administration. Ces actions entrent dans le cadre «de la réhabilitation du service public et de la poursuite des mesures de facilitation et d'allègement décidées en faveur du citoyen», selon la formule consacrée par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales. Pourtant, cette débureaucratisation annoncée en grande pompe, en amont, ne doit pas nous faire oublier qu'entre les décisions salvatrices d'Alger et leur concrétisation sur le terrain, dans les villes et villages de l'Algérie profonde, se dresse un excès de zèle local qui désarme toute initiative du gouvernement. Des préposés au guichet qui n'en font qu'à leur tête, prenant en otage les administrés, faisant fi de toute réglementation. C'est bien beau de prendre de telles décisions mais faut-il encore inculquer à certains employés des états civils qu'un sourire est le bienvenu et qu'il est de surcroît gratuit. 

Economie : La main étrangère n'est pas une fiction

Economie : La main étrangère n'est pas une fiction
par Abed Charef
Les importations de véhicules offrent un modèle de transfert du pouvoir économique, désormais partagé entre lobbies et puissances étrangères.

Le gouvernement algérien a perdu la main sur nombre de dossiers économiques. La décision lui a échappé progressivement, pour être transférée ailleurs, auprès de puissants lobbies ou de puissances étrangères, parfois une jonction d'intérêts internes et externes. Ce n'est ni de la fiction ni de la paranoïa nationaliste.

Le dossier de l'importation de véhicules en offre un modèle caricatural. Il révèle comment le transfert s'est opéré, par quelles étapes est passée cette évolution, et indique où se prend désormais la décision.

La crise a été déclenchée par des importateurs algériens qui s'inquiétaient d'une concurrence qu'ils estimaient déloyale. Un rapport remis au ministère du Commerce à l'initiative d'un gros importateur algérien, montrait que les concessionnaires automobiles faisaient des chiffres d'affaires énormes, mais ne gagnaient pas d'argent en Algérie. En fait, ils transféraient tous leurs bénéfices à l'étranger. Le gouvernement avait jusque-là fermé les yeux, mais la chute des revenus extérieurs l'a contraint à regarder dans cette direction. Il a ainsi tenté d'imposer de nouvelles règles aussi bien pour les concessionnaires que pour la qualité des véhicules importés.

C'est alors que le gouvernement s'est trouvé confronté à la puissance d'un nouveau lobby, qui pèse désormais près de dix milliards de dollars par an. Forts de leurs complicités au sein de différentes administrations, les concessionnaires ont réussi à obtenir le contenu des nouvelles dispositions avant même leur promulgation, quand ils ne les ont pas dictées. Dans ce qui s'apparente à un délit d'initié, certains ont importé massivement des véhicules avant l'entrée en vigueur des nouvelles normes, dans l'espoir de disposer de véhicules à des prix attractifs.

Les concessionnaires ont aussi réussi à faire changer le contenu du cahier des charges décidé par le ministère du Commerce. Dans quelle mesure la cacophonie qui a suivi a coûté son poste à l'ancien ministre du Commerce, M. Amara Benyounès ? On ne le sait pas encore, mais tout indique que l'affaire a beaucoup pesé dans la balance.

UN GOUVERNEMENT DEBORDE

Les concessionnaires ont mené un forcing pour imposer que les véhicules importés à bas prix, et ne répondant pas aux nouvelles normes, soient acceptés. Des milliers de véhicules restaient en rade dans les ports, en attendant des négociations dont personne ne détenait le véritable fil.

Les choses se sont compliquées dans une seconde étape quand des acteurs externes sont entrés en jeu. Selon des informations révélées par la presse, l'ambassadeur d'Algérie à Berlin a été convoqué mercredi dernier au ministère des Affaires étrangères allemand. Le diplomate algérien a entendu les reproches de Berlin concernant les véhicules allemands non autorisés à la vente, alors que des véhicules français répondant aux mêmes normes étaient admis sur le marché algérien. Le jour même, l'information tombait : les véhicules allemands pouvaient de nouveau être commercialisés. Ce qui montre qu'une injonction extérieure a suffi pour passer outre la réglementation algérienne.

Dans la foulée, on apprenait que les véhicules français avaient déjà bénéficié d'une faveur similaire depuis la dernière visite de M. Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, à Alger. Discrètement mise en œuvre, cette entorse à la réglementation n'a été dévoilée que lorsque les Allemands se sont plaints.

Au final, on se retrouve avec un dossier qui échappe désormais au gouvernement. Celui-ci n'a pas réussi à imposer son cahier des charges initial, et n'a pas non plus résisté aux injonctions externes. Pris entre les concessionnaires, qui constituent désormais une véritable puissance économique, et les pays exportateurs, l'exécutif ne fait plus que colmater les brèches. Il ne fait même plus illusion.

Plus grave encore, avec la déliquescence institutionnelle, on ne sait même plus où se prennent les décisions, totalement opaques. Le nouveau ministre du Commerce, M. Bakhti Belaïb, se trouvait au Caire pour une réunion de la Ligue arabe quand la décision concernant les véhicules allemands a été prise.